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Des bactéries rongent la pyrite pour libérer l’or qu’elle renferme

L’HISTOIRE EN BREF

Avec le soutien de Genome Atlantic, Wolfden, une entreprise d’exploration et de mise en valeur minière établie en Ontario, a mis des bactéries à contribution pour extraire l’or de la pyrite, doublant presque son taux de récupération lors d’un premier essai et soulevant une question plus large : les organismes microscopiques pourraient-ils contribuer à faire en sorte que des gisements minéraux prometteurs se transforment plus rapidement en mines en exploitation dans le Canada atlantique?

LA QUESTION

Comment extraire l’or

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“Le grain d’or est entièrement encapsulé », explique-t-il. « Il n’y a aucune poche d’air permettant d’y accéder.”

Jeremy Ouellette

Pour décrire le gisement d’or de Canoe Landing, au Nouveau-Brunswick, Jeremy Ouellette, vice-président du développement de projets chez Wolfden, brandit un stylo à bille et vous demande d’imaginer un minuscule grain d’or à son extrémité, à peine visible à l’œil nu et entièrement emprisonné dans de la pyrite, un minéral composé de fer et de soufre.

« Le grain d’or est entièrement encapsulé », explique-t-il. « Il n’y a aucune poche d’air permettant d’y accéder. »

C’est une situation particulièrement frustrante pour un exploitant minier. Le procédé d’extraction habituel repose sur l’utilisation d’une solution chimique qui atteint l’or et le dissout afin qu’il puisse être récupéré. L’or étant emprisonné à l’intérieur de la pyrite, cette solution ne peut y pénétrer.

Même en broyant la roche en particules de seulement 20 micromètres de diamètre – soit environ la largeur de trois globules rouges côte à côte –, l’or restait emprisonné à l’intérieur. Un broyage plus fin pourrait aider, explique M. Ouellette, mais cela demanderait plus d’énergie et de temps, sans garantie d’exposer davantage d’or.

Les marges de profit pour financer les projets miniers étant particulièrement serrées, il a déclaré vouloir explorer d’autres moyens de récupérer les minéraux aurifères du gisement de Canoe Landing.

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La pyrite, parfois appelée « or des fous », peut emprisonner l’or en son sein. Cet exemple est présenté à titre d’illustration et ne provient pas de Canoe Landing.
LE PLUS

Un appétit pour la pyrite

La pyrite qui frustre M. Ouellette constitue un délicieux repas pour certaines bactéries. Pour Leo Cheung, conseiller technique principal au Conseil de la recherche et de la productivité du Nouveau-Brunswick (CRP), cet appétit offrait un moyen de décomposer le minéral et de libérer l’or de Canoe Landing.

Avec le soutien de Genome Atlantic, Wolfden a fait appel à Cheung pour cultiver les bonnes bactéries, leur fournir un environnement adapté et les mettre au travail sur des échantillons de roche provenant du site et concentrés en pyrite aurifère.
« Les bactéries feront le travail à votre place », explique M. Cheung. « C’est comme si vous aviez des travailleurs gratuits, mais vous devez leur donner un peu de nourriture et leur offrir les bonnes conditions de vie. »

Les microbes déclenchent des réactions chimiques qui décomposent la pyrite, créant des ouvertures que M. Ouellette compare à des trous dans du fromage suisse. Du cyanure ou une autre solution capable de dissoudre l’or peut alors s’infiltrer, permettant ainsi de récupérer l’or. Appelé « biooxydation », ce traitement biologique est une technique qui gagne du terrain à l’échelle mondiale dans l’extraction des métaux précieux et des minéraux essentiels, mais qui reste relativement inexplorée dans le Canada atlantique.

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"Les bactéries feront le travail à votre place », explique M. Cheung. « C’est comme si vous aviez des travailleurs gratuits, mais vous devez leur donner un peu de nourriture et leur offrir les bonnes conditions de vie. ”

Leo Cheung

Des bactéries à l’œuvre pour décomposer la pyrite, aidant ainsi à libérer l’or piégé à l’intérieur.

M. Cheung affirme que la génomique peut offrir un moyen d’améliorer l’efficacité microbienne dans ce processus, en rendant les bactéries plus voraces, plus rapides et plus résistantes. Il explique que l’étude de l’ADN de ces organismes pourrait aider les chercheurs à comprendre comment ils tirent leur énergie des minéraux et survivent dans des conditions spécifiques, même celles qui pourraient autrement être toxiques. Ces connaissances pourraient potentiellement guider la sélection et le développement de bactéries adaptées aux exigences particulières de gisements comme celui de Canoe Landing.
« On veut disposer des bactéries les plus robustes possibles, capables de s’adapter à toutes les conditions », explique M. Cheung. « Aucun gisement ne se ressemble. »

LES VARIABLES

Bulles et micro-organismes

“Sans le programme de subventions que m’a présenté Genome Atlantic, je ne sais pas si nous aurions effectué ces essais », dit-il. « Ils sont complexes et coûtent assez cher. Nous avions besoin de ce coup de pouce supplémentaire. ”

Jeremy Ouellette

C’est lors d’une conversation avec Genome Atlantic, lors d’une réunion de l’industrie minière, que M. Ouellette a découvert le traitement biologique et obtenu le financement nécessaire pour le mettre à l’essai.

Pour mener à bien ces travaux, Wolfden a envoyé à RPC 40 kilogrammes de roche provenant de forages antérieurs effectués à Canoe Landing. Les techniciens l’ont concassée en cailloux, puis réduite en poudre. Pour séparer les minéraux, ils ont mélangé la poudre avec de l’eau, ajouté des produits chimiques et y ont injecté de l’air.

 

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Des bactéries à l’œuvre sur de la pyrite, vues au microscope électronique.

« La cellule de flottation maintient le mélange en agitation et y injecte de l’air pour créer des bulles, un peu comme quand on soufflait des bulles dans son lait au chocolat quand on était enfant », explique M. Ouellette.

Les produits chimiques ont permis à certains minéraux de s’accrocher aux bulles et de remonter à la surface pour être écumés. Au cours de cycles successifs, les techniciens ont séparé les minéraux de cuivre, de plomb et de zinc, puis ont récupéré la pyrite aurifère. Pendant ce temps, RPC a fait croître les cultures bactériennes.

M. Ouellette s’y rendait régulièrement et décrit ainsi le mélange final : « Ce que j’ai pu observer ressemblait un peu à une mousse laiteuse brune. »

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Au sein de ce mélange trouble, les bactéries s’affairaient à se nourrir de la pyrite. Après quatre semaines, l’équipe a traité la solution au cyanure afin de déterminer la quantité d’or qu’elle pouvait en extraire.

LE RÉSULTAT

une raison de forer à nouveau

RÉCUPÉRATION D'OR LORS D'UN PREMIER ESSAI

32% → 60%

L’expérience a permis de faire passer le taux de récupération total de l’or d’environ 32 % à 60 %. Wolfden a estimé que cela représenterait un revenu supplémentaire de 36 $ la tonne avant coûts, selon les prix des métaux utilisés dans son communiqué de presse d’août 2026 concernant ce résultat.

« Nous avons effectué un seul essai. Nous disposons d’un seul point de données. Ce point de données est positif. Pouvons-nous faire mieux? Je pense que c’est possible », déclare M. Ouellette.

Ces résultats ont déjà attiré l’attention. Depuis leur annonce, M. Ouellette a répondu à des questions sur le procédé et a reçu des commentaires de personnes désireuses de voir où cela mènera.

« J’ai reçu beaucoup de commentaires. Beaucoup de félicitations, et des gens qui disent : “C’est intéressant”. Nous allons continuer à suivre cette histoire », dit-il.
[Image] Des bactéries à l’œuvre sur de la pyrite, vues au microscope électronique.

La prochaine étape consiste à forer de nouveaux échantillons, à tester différentes teneurs et différentes tailles de broyage, et à déterminer ce que coûterait un procédé à grande échelle. En cas de succès, cette approche pourrait également aider à extraire l’or d’autres gisements où il reste piégé dans la pyrite.

« Cela ne veut pas dire que demain, je vais dire : “Allons ouvrir une mine” », précise M. Ouellette. « Mais c’est suffisamment révélateur et intéressant pour que je me dise : je veux aller forer quelques trous et prélever de nouvelles carottes. »

Découvrez les prochaines occasions dans le secteur minier

Découvrez comment la génomique peut aider à localiser des gisements, à extraire des métaux et à remettre en état des sites miniers dans le rapport « Génomique et exploitation minière dans le Canada atlantique », commandé par Genome Atlantic.

À propos de Genome Atlantic

Genome Atlantic rassemble des entreprises, des gouvernements et des chercheurs afin de transformer les connaissances issues de l’ADN en solutions pratiques qui font progresser les priorités du Canada atlantique : améliorer la santé, accroître la productivité, soutenir la croissance des entreprises et créer des emplois. Les partenaires de l’industrie se sont engagés à consacrer plus de 25 % du financement à de nouveaux projets en 2025-2026, apportant ainsi des défis concrets, des investissements et une expertise technique à la recherche qui renforce les entreprises du Canada atlantique. Genome Atlantic reçoit un financement pour le développement des affaires de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA) et des gouvernements du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard. Le financement opérationnel de base est fourni par le Fonds stratégique pour la science d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada, par l’intermédiaire de Génome Canada.